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Mon Eliane.

    J’ai des tas de soucis ça va mal je ne vends rien et les frais courent je ne m’en sors plus, plus du tout. J’ai appris que le [prix] LISSONNE avait envoyé ses invitations, Yves a reçu la sienne moi rien - là encore je suis laissé pour compte j’éclairerai ça et je veux savoir si c’est [Lenacch’] ou Restany qu’il faut assommer, j’ai hâte de connaître la réponse de Pierre à la demande officielle. Si il me laissait tomber je serai à l’orée d’un meurtre. Des histoires ici, du travail embêtant et qui ne rapporte pas - de la sécheresse en concrétisation, le manque d’argent, les [avanies] de ces salauds et quoi encore, mon fusil sous-marin complètement détraqué - j’ai quand même aujourd’hui encore pris un loup - et toi qui me lâche et me laisse alors qu’il me faudrait une femme forte dévouée croyant en moi et m’aidant. J’en aurais eu besoin mais quoi, tel est le chemin, il a dû être supposé que je serais assez fort pour m’en sortir seul et je m’en sortirai car j’ai plus de force encore.
    Mais il y a des moments absolus ou tout va mal. Et s’il n’y avait pas les loups que deviendrai-je ?
Raconte-moi tout ce que tu fais et essaye de ne pas trop te dévaloriser et de tenir une certaine côte. Tu as quand même trop de classe pour ne pas faire autre chose, au lieu de courir les petites régates tu es faite pour la coupe America et ton spinnaker claque fièrement au vent.
    Ton capitaine.
    armand