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Eliane ma Destinée.                            Samedi
La petite mécanique est partie je fais des empires je défais les trônes et seul je regarde, je n’ai pas vu le 7ème sceau. Avons été voir avec Claude « sourires d’une nuit d’été » cela ne m’a pas plu je croyais au commencement trouver une respiration et fuite en diagonale et images fausses, ai vu Dominique. Je fus surpris elle est blonde et fatiguée son fils est avec elle. Un enfant au visage duveteux et aux yeux doux. Dominique me fit une pénible impression, c’est une ville bombardée et des murs sortent les pauvres gens qui ne savent où aller. A midi j’ai vu Christiane Lung, elle croit que l’homme est bon mais que la bêtise rend mauvais tu te rends bien compte. Elle vit couchée dans son drame toutes les solutions et les positions sont étirées en longueur pour prendre place. Ai vu Raysse.
Raysse condescendant d’une peinture qui ne peut monter et encore moins descendre chez lui pour finir il y a toujours de la bonne peinture qui est morte - et bien morte - je tiens le fil pour moi et il fallait que je vienne ici, car dire et dire ne sont rien c’est là dans la poubelle que je trouve chaque fois un des morceaux du miroir cassé où je me regarderai. Je suis plus jeune de 2 ou 3 millénaires et que je vole un peu de temps et les prochaines vendanges seront miennes. Depuis 2 jours je suis cassé en deux par mes tripes impérieuses je sens mon ventre là et là il ne veut pas se laisser oublier il veut jouer lui aussi.
Ce soir je dois voir l’Opera de Pékin avec Reinard et Claude j’ai téléphoné chez [Jacques] Sager il n’est pas là. Les Schaeffers sont à la Gaulée et je sens comme un raidissement il pense que nous avons dû abandonner son camp - et caroline lui donner du sien dans cette histoire en faisant mousser certainement le fait que tu donnais à Nice une conférence pour présenter le disque. Ai eu Marie Claire au téléphone nous devons nous voir un de ces soir - elle est avec un gars qui est bien pour elle selon Christiane on sent qu’il y a une harmonie et quelque chose entre elle et lui.
Sarrisson est à Paris avec de plus en plus d’ennemis. La vie ici ne renferme plus de légitimes luttes pour la survie laisse suinter de toute part une agressivité de compensation qui ronge le comportement a toute attitude. Et c’est là que réside une des clefs vivons dangereusement disait l’autre mais il avait raison : vivons dangereusement nous ne boufferont notre sale figure chez les autres et n’auront plus mal au foie. Un monde où il n’y a plus d’herbe à conquérir renvois ses survivants et ses rongeurs à une lutte à couteaux tirés pour se prouver à soi-même qu’on aurait pu le faire dans les conditions premières et prévues par notre mère la nature naturante - les armes et les masques sont toujours préparés  des vies à l’avance et le parapluie ouvert pour une averse qui ne saurait tomber l’eau ayant été bue il y a maintenant très longtemps puisque c’était hier.
Mon Eliane Mon Eliane sans mots et sans distance je t’aime.
arman