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                            Mardi matin
                Eliane Chérie
Ici ça va plutôt mal et les mailles du filet se resserrent si ce vieux requin de Raymond n’arrive pas à tout démolir le petit poisson sera frit et de plus en plus cuit. Je ne vois vraiment pas comment m’échapper mercredi soir sans risquer gros jeudi, de plus si j’obtiens une perme de nuit pour jeudi je n’aurais plus de chance pour la permission de Dimanche. J’en ai marre car je n’en vois pas le bout, note que la situation a quelque chose d’intéressant car il y a lutte et conquêtes à faire, mais à part ce petit avantage le reste niet-niet, trois fois niet.
Je continue à accumuler le retard dans mon sommeil et je vis maintenant dans un demi-brouillard, ensuqué, fatigué, dégouté.
Petite oasis de mon désert, vienne le temps où de toi je pourrai me désaltérer.
Marianne a, je crois, compris car depuis l’autre jour je n’ai plus rien reçu et ne recevrai plus rien.
Ecris moi car je ne pense pas te voir avant Samedi et si je ne reçois rien je serai malheureux au possible.
Pour écrire je me force toujours et cela est très difficile j’aimerai tant écrire car il me semble qu’après une longue séance je serai enfin détendu et reposé mais c’est toujours le même cercle vicieux je ne pourrai écrire que lorsque j’aurai un peu plus dormi.
J’ai cassé une lame du petit canif que tu me donnas et j’en ai de la peine - déjà j’avais un petit peu détérioré les ciseaux - rien ne résiste dans mes mains, c’est dommage.
En ce moment le travail est long et ennuyeux mais ce n’est rien en comparaison de la sensation d’être enfermé. J’ai envoyé au concours les deux gages que nous avions trouvé et maintenant il n’y a plus qu’à attendre le résultat et surtout ne pas trop espérer.
Je te réécrirai jeudi ou mercredi soir si je ne viens pas.  Imagine combien pour moi sera triste toute cette longue semaine, sans te voir, reçois des tonnes de tendresse des hectares de baisers et des infinis de douces caresses.  
                 Armand         Bise à Françoise.